
Show Notes
Play plaidoirie Bookmakers #26 - L'autrice du mois : Constance Debré
Née en 1972 à Paris, Constance Debré se décrit parfois comme « le baron de Charlus option Sid Vicious ». C’est-à-dire : un authentique noble proustien, raffiné et ambigu, qui aurait mis les doigts dans la prise du punk des Sex Pistols, avec le désir revendiqué de « dire la violence » et « l’obscénité » de nos « vies lamentables ». « C’est jubilatoire », confie-t-elle avec un léger chuintement dans la voix, qu’elle nomme avec humour son « accent snob ». Ex-avocate pénaliste, elle est surtout l’autrice, en seulement cinq ans, de quatre livres à succès principalement autofictionnels, épurés et nerveux, en rupture avec les conventions sociales ou familiales, de « Play boy » (Stock, 2018) à « Offenses » (Flammarion, 2023).
Constance Debré (2/3)
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les juré·e·s, les faits reprochés à Constance Debré sont accablants. Prenons la phrase suivante : « Écrire est un coup d’état, l’affirmation d’une autorité sans justification ni explication et qui se fout d’être légitime. C’est comme dans l’amour, quand on se penche et qu’on prend. » De loin comme de près, Constance décontenance : elle a rompu avec le couple, l’hétérosexualité, un travail stable, la possession et le confort d’un appartement douillet, pour écrire et ne faire que ça ; sauf, bien sûr, quand elle nage à la piscine deux kilomètres de crawl par jour, et enchaîne les conquêtes féminines tel un Don Juan androgyne aux cheveux de plus en plus courts, tatouée de toutes parts – avec les mots « plutôt crever » dans la chair de son cou. Tout ceci, Debré le raconte de façon frontale, impudique, dans « Play boy » et les deux romans suivants, à peine cachée derrière l’alter-ego qui porte son prénom, via des phrases courtes et des chapitres au rasoir, qui captivent son auditoire.
Paru aux éditions Stock, « Play boy » se vendra tous formats confondus à trente mille exemplaires. Le geste impressionne, mais crispe aussi une partie de la critique, qui lui reproche la trop grande simplicité de son style ou la bourgeoisie teintée d’aristocratie de sa lignée, souvent sans savoir quelle est son histoire. « C’est important de déplaire et j’ai toujours trouvé infiniment sexy d’avoir des ennemis », dit-elle. « Il faut totalement assumer l'arrogance. »
Dans ce deuxième épisode, examinons les fondations du casier littéraire de l’ex-avocate Constance Debré, son goût pour l’oralité, le « risque » et le sens de la « responsabilité » qui lui permettent de conjurer cette sensation permanente « d'étouffer sous le brouhaha », l’influence de Guillaume Dustan et de Christine Angot, ses antécédents au service de la justice, quand elle était « l’une des petites vedettes » du barreau de Paris, et les deux points communs essentiels qu’elle continue d’observer entre une plaidoirie et l’écriture d’un roman. « Toujours le moins de mots possible. Et : les choses graves doivent être dites. »
Le podcast Bookmakers devient une collection de livres !
Nicolas Mathieu, Alice Zeniter et Maria Pourchet nous dévoilent les coulisses de la fabrication de leurs œuvres.
Comment travaillent-ils leur plume ? Ils nous détaillent leurs secrets d'écriture, de leur discipline, à leur rythme de travail.
Une coédition ARTE Éditions / Points. Enregistrement
septembre 2023
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Montage
Mathilde Guermonprez
Musiques originales
Samuel Hirsch
Piano
Vincent Erdeven
Lectures
Samuel Hirsch, Manon Prigent
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Clarisse Le Gardien, Joseph Hirsch, Lou Marcelet, Alicia Marie
Production
ARTE Radio
More from Bookmakers : le making-of de la littérature
En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
Penser la « frontière », en mouvement Globe-trotter polyglotte, Paul B. Preciado débarque à Paris à la fin des années 90 : sa lecture approfondie des philosophes Michel Foucault ou Gilles Deleuze lui a donné « envie de vivre dans la langue française ». Ce « contrebandier entre deux mondes » – qui, à ce moment-là, ne s’appelle pas encore Paul – publie en 2000 son Manifeste contra-sexuel, un essai illustré par ses soins sur l’histoire socioculturelle d’un objet « qui met mal à l’aise » aussi bien son psy que ses amies féministes : le gode. S’en suivra en 2008, après avoir contribué à importer en France la culture drag-king, un récit « auto-pornographique » intitulé Testo junkie (Grasset), vendu en France à vingt mille exemplaires, dans lequel il raconte le début de sa transition via des prises de testostérone ou les débuts de son histoire d’amour avec l’écrivaine Virginie Despentes, qui voit chez lui « une arrogance sexy, une arrogance joyeuse ».
Jeunesse et métamorphoses d’un « petit monstre heureux » Il se décrit parfois comme un « transfuge de genre », un « dissident du régime de la différence sexuelle », « ex-femme, ex-lesbien, exclamatif et exaspéré, exégète des textes perdus et des photographies brûlées ». Dans ce premier épisode, nous verrons comment Paul B. Preciado, penseur de la « croisée des chemins », a grandi « dans un film d’Almodóvar » et comment le fait d’être souvent vêtu « en bleu et en jean », son « uniforme de philosophe », est sans doute un hommage à son père garagiste. D’abord éduqué par des bonnes sœurs, celui qui voulait, enfant, « devenir prêtre ou torero, ou devenir le taureau » raconte aussi la façon dont il fut « sauvé », ado, par une école capable d’accueillir sa sensibilité, ainsi que la découverte des écrits « criminels » de Nietzsche ou de Jean Genet, le trouble que lui inspire Le corps lesbien de Monique Wittig, ses premiers articles dans les fanzines queers de Madrid ou son « évasion » aux États-Unis, ébloui par la pensée « cathédrale » de son mentor Jacques Derrida. Tout le monde en Paul-Position !
Dans les coulisses du film « Persepolis » Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Défaire les contes de fée : méthode Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.