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Métrique et astuces Bookmakers #27 - L'auteur du mois : André Markowicz
Né à Prague en 1960, André Markowicz a traduit « tout » Dostoïevski, c’est-à-dire les romans et nouvelles en quarante-cinq volumes de l’auteur des « Frères Karamazov » (Actes Sud). Il est aussi, avec l’aide inestimable de Françoise Morvan, le traducteur du théâtre complet d’Anton Tchekhov ou de Nicolas Gogol. Ou encore l’oreille précieuse qui mit près de vingt-cinq ans à restituer les 6500 vers d’« Eugène Onéguine » d’Alexandre Pouchkine. Tout ceci, parmi plus de 150 ouvrages depuis 1981, traduits du russe, de l’anglais, du latin ou du breton, aux éditions Mesures, Inculte ou José Corti. Il vit et travaille à Rennes.
André Markowicz (3/3)
Un traducteur est un auteur. André Markowicz le prouve chaque jour depuis quarante ans, d’un pays à l’autre, d’une forme à l’autre – y compris quand il s’échine à chercher le ton juste d’un personnage… dans une simple blague juive. Parmi les cent cinquante livres que compte sa bibliographie, on lui doit 14 pièces de Shakespeare aux éditions Les Solitaires Intempestifs, 401 poèmes chinois du VIIIe siècle (dans son chantier le plus fou : « Ombres de Chine », aux éditions Inculte) ou encore une nouvelle version du chef-d’œuvre de Mikhail Boulgakov, « Le Maître et Marguerite », traduit avec Françoise Morvan, toujours aux éditions Inculte – ce qu’il décrit parfois comme « l’aboutissement de tout son travail de traducteur de la littérature russe ».
Mais ces ouvrages, composés avec la même fièvre de partage, ne doivent pas occulter les milliers de pages signées par Markowicz en solo. Ce maître en métrique est l’auteur de quatre recueils de poèmes quasi confidentiels (« Figures », « Herem »), d’un récit autobiographique en vers et sans point, à lire d’un seul souffle, sur l’appartement de sa grand-mère (« L’Appartement », Inculte). D’un sidérant journal public tenu depuis dix ans sur Facebook, à raison d’une chronique tous les deux jours, matière première des épais volumes de sa série « Partages » qui paraît maintenant chez Mesures, maison d’édition indépendante qu’il a créée avec Françoise Morvan. Ou récemment d’un tout petit essai géopolitique et littéraire, intitulé « Et si l’Ukraine libérait la Russie ? » (Le Seuil), vendu à dix mille exemplaires.
Tels sont certains des sujets évoqués dans la toundra de ce troisième et dernier épisode, en compagnie d’un homme qui s’est longtemps senti « gêné, comme empêché d’écrire ». Un créateur qui ne traduit que des morts. Et qui, étrangement, ne semble pas plus inquiet que ça face à l’invasion des intelligences artificielles. Auquel on ne peut que souhaiter, en citant sa traduction du tout dernier poème de Vladimir Maïakovski, qu’il n’ait jamais « la honte de devenir raisonnable ». Enregistrement
octobre 2023
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Lectures
Sabine Zovighian, Perrine Kervran, Mina Souchon
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
More from Bookmakers : le making-of de la littérature
En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
Penser la « frontière », en mouvement Globe-trotter polyglotte, Paul B. Preciado débarque à Paris à la fin des années 90 : sa lecture approfondie des philosophes Michel Foucault ou Gilles Deleuze lui a donné « envie de vivre dans la langue française ». Ce « contrebandier entre deux mondes » – qui, à ce moment-là, ne s’appelle pas encore Paul – publie en 2000 son Manifeste contra-sexuel, un essai illustré par ses soins sur l’histoire socioculturelle d’un objet « qui met mal à l’aise » aussi bien son psy que ses amies féministes : le gode. S’en suivra en 2008, après avoir contribué à importer en France la culture drag-king, un récit « auto-pornographique » intitulé Testo junkie (Grasset), vendu en France à vingt mille exemplaires, dans lequel il raconte le début de sa transition via des prises de testostérone ou les débuts de son histoire d’amour avec l’écrivaine Virginie Despentes, qui voit chez lui « une arrogance sexy, une arrogance joyeuse ».
Jeunesse et métamorphoses d’un « petit monstre heureux » Il se décrit parfois comme un « transfuge de genre », un « dissident du régime de la différence sexuelle », « ex-femme, ex-lesbien, exclamatif et exaspéré, exégète des textes perdus et des photographies brûlées ». Dans ce premier épisode, nous verrons comment Paul B. Preciado, penseur de la « croisée des chemins », a grandi « dans un film d’Almodóvar » et comment le fait d’être souvent vêtu « en bleu et en jean », son « uniforme de philosophe », est sans doute un hommage à son père garagiste. D’abord éduqué par des bonnes sœurs, celui qui voulait, enfant, « devenir prêtre ou torero, ou devenir le taureau » raconte aussi la façon dont il fut « sauvé », ado, par une école capable d’accueillir sa sensibilité, ainsi que la découverte des écrits « criminels » de Nietzsche ou de Jean Genet, le trouble que lui inspire Le corps lesbien de Monique Wittig, ses premiers articles dans les fanzines queers de Madrid ou son « évasion » aux États-Unis, ébloui par la pensée « cathédrale » de son mentor Jacques Derrida. Tout le monde en Paul-Position !
Dans les coulisses du film « Persepolis » Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Défaire les contes de fée : méthode Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.