
« Je pense que tous les éléments sont réunis pour que la République islamique sombre [...], mais il faut en face que les oppositions iraniennes [...] soient soutenues par l’Occident. » Entretien avec le journaliste et grand reporter Emmanuel Razavi
Contact - avec Stéphan BureauShow Notes
Dans cet épisode de Contact, nous recevons le journaliste et grand reporter Emmanuel Razavi, spécialiste du Moyen-Orient et fin connaisseur de l’Iran. Né d’un père iranien et d’une mère française, il raconte un parcours façonné par deux cultures et une curiosité précoce pour les bouleversements politiques qui ont marqué son pays d’origine. De la révolution de 1979 à ses reportages sur le Hezbollah ou les réseaux d’influence iraniens, il propose une lecture engagée et incarnée d’un régime qu’il n’a cessé d’enquêter. « J’ai toujours eu la parole très libre », souligne-t-il, revendiquant un regard construit autant par son histoire personnelle que par son expérience de terrain. Mais cet entretien prend une dimension particulière : en raison de ses enquêtes, Emmanuel Razavi vit aujourd’hui sous protection policière. « Ma vie est menacée en raison des enquêtes que j’ai publiées », explique-t-il, évoquant notamment ses travaux sur les réseaux iraniens et les activités clandestines du régime. Au fil de la discussion, il développe une réflexion plus large sur le rôle du journaliste et la difficulté d’atteindre une véritable objectivité. « Je ne cherche pas l’objectivité pour l’objectivité », affirme-t-il, préférant revendiquer une démarche ancrée dans le réel et assumant un engagement en faveur de la démocratie. De la révolution iranienne à l’influence contemporaine du régime, il décrit un système qu’il juge profondément idéologique et expansionniste. Un échange dense, où se mêlent analyse géopolitique et témoignage personnel, et qui pose une question essentielle : peut-on encore dire librement ce que l’on voit lorsque cela met sa propre sécurité en jeu ?
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Robert Malley a été conseiller de trois présidents américains — Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden — et a participé aux grandes tentatives diplomatiques visant à résoudre le conflit israélo-palestinien et à encadrer le programme nucléaire iranien. Son constat est sévère : « On ne peut pas dénoncer l'invasion russe de l'Ukraine, mais ne rien dire des exactions commises par Israël à Gaza ». Élections de mi-mandat aux États-Unis, élections en Israël, guerre contre l’Iran, l’ancien haut responsable américain brosse le portrait d’un monde totalement bouleversé depuis le 7 octobre 2023. Fils d’un intellectuel juif égyptien nationaliste arabe et pro-palestinien, Robert Malley a grandi dans un univers marqué par les mouvements anticolonialistes et les luttes de libération. Il rencontre Yasser Arafat alors qu’il est adolescent, il étudie avec le futur secrétaire d’État, Anthony Blinken à Paris et à la faculté de droit avec Barack Obama ! Avec son coauteur Hussein Agha, Robert Malley remet également en question les fondements de plusieurs décennies de négociations israélo-palestiniennes. Selon lui, la solution à deux États, longtemps présentée comme l’unique issue possible, est devenue une promesse déconnectée de la réalité de l’occupation et de la colonisation. « Sortons de cette paresse intellectuelle et politique qui consiste à dire “on connaît la solution.” Non, on ne la connaît pas. Si on la connaissait, on y serait parvenu. »
Nicolas Dubé évolue depuis plus de vingt ans dans les coulisses de la révolution informatique. Ingénieur de formation, il a commencé à travailler sur l’intelligence artificielle au début des années 2000, avant de consacrer sa carrière à la conception de superordinateurs parmi les plus puissants de la planète. Aujourd’hui vice-président chez Intel, il raconte dans cet épisode un parcours qui l’a mené des laboratoires de l’Université Laval jusqu’au laboratoire mythique d’ Oak Ridge, aux États-Unis, où il a participé à la mise au point de Frontier, le premier superordinateur à franchir la barre de l’exascale. « Un milliard de milliards de calculs par seconde », explique-t-il pour donner la mesure de cette puissance. Cette course à la puissance de calcul est aussi devenue une course géopolitique. Nicolas Dubé revient sur la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine, sur les puces devenues un enjeu de souveraineté et sur le rôle stratégique des centres de données. Il raconte notamment les dessous parfois rocambolesques de la mise en service de Frontier, jusqu’à la découverte d’algues dans son système de refroidissement — un problème qui a failli mettre en péril l’un des ordinateurs les plus coûteux jamais construits. Pour lui, l’enjeu dépasse largement la performance informatique : « To outcompete, you need to outcompute » — pour être plus compétitif, il faut être capable de faire davantage de calcul. Mais au-delà de la compétition entre puissances, cette puissance de calcul pourrait transformer notre capacité à comprendre et à agir sur le monde. Modélisation climatique, prévision des phénomènes météorologiques, jumeaux numériques, fusion nucléaire : l’intelligence artificielle et le supercalcul pourraient accélérer des découvertes encore difficiles à imaginer. Nicolas Dubé se montre également résolument optimiste face aux craintes entourant l’IA. « À la base, les AI, c’est pas maléfique, mais pas bienveillant non plus », dit-il, rappelant que les objectifs donnés aux systèmes sont ultimement définis par des humains. Dans cet épisode, il nous plonge ainsi au cœur d’une révolution technologique où se croisent science, énergie, sécurité nationale et rapports de force géopolitiques. Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
À quelques semaines de l’élection québécoise, Charles Milliard vient défendre sa vision et son projet pour le Québec. Le chef du Parti libéral du Québec aborde de front les grands enjeux qui marquent la campagne : logement, immigration, construction, langue française et relations avec le reste du Canada. Il confirme son ambition de construire 100 000 logements supplémentaires par année et plaide pour un changement de culture dans la manière de bâtir au Québec : « Il faut arrêter d’acheter cheap au Québec parce que quand on achète cheap, il faut réparer dix ans plus tard. » Sur la question de l’immigration, Charles Milliard appelle à davantage de nuance dans un débat qu’il juge particulièrement sensible. S’il reconnaît les limites de la capacité d’accueil du Québec et la nécessité d’une meilleure répartition des demandeurs d’asile au Canada, il refuse d’en faire l’explication de tous les problèmes. « Le message, c’est que les immigrants, c’est la source de tous nos problèmes », dit-il en évoquant certains discours politiques, avant d’ajouter : « Le ton est important. Je crois au ton en politique. » Un échange qui mène aussi à la situation des Haïtiens détenteurs d’un statut temporaire aux États-Unis et à la capacité du Québec à leur ouvrir ses portes.
À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale québécoise, Ruba Ghazal avance avec une ambition assumée : « Moi, je travaille pour devenir première ministre. C’est ce que je veux faire. C’est à ça que j’aspire. » La co-porte-parole de Québec solidaire, qui publie également Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs, revient dans cet épisode sur un parcours personnel marqué notamment par le désir d’avoir des enfants et le deuil de ne pas en avoir eu. Économie, fiscalité, services publics, éducation, logement, immigration : la députée défend une conception de l’État qui ne s’oppose pas au marché, mais refuse de lui abandonner les commandes. À rebours de plusieurs clichés, elle refuse de faire de l’argent le mal absolu. Et contrairement à la campagne de 2022, la gauche solidaire tend aujourd’hui la main aux Québécois dont le patrimoine est inférieur à 25 millions de dollars. Pas question de tondre ces électeurs qui forment peut-être la nouvelle classe moyenne ! Sur l’immigration, elle plaide pour une politique d’intégration résolument francophone et refuse de faire reposer sur les femmes le devoir « d’avoir des trâlées d’enfants » pour soutenir la démographie. Face à la menace d’expulsion de milliers d’Haïtiens des États-Unis, elle affirme sans détour que le Québec a la responsabilité morale d’en accueillir s’ils se présentent à la frontière.
Éric Duhaime aborde cette nouvelle campagne électorale sous un jour inédit. Plus assuré qu'en 2022, où il admet avoir été « un chef débutant », le leader conservateur se montre prêt, aguerri... et lucide. Malgré la confiance retrouvée qu'il affiche, il le reconnaît d'emblée : il ne sera pas le prochain premier ministre du Québec. Ce renoncement au pouvoir suprême ne l'empêche pas de vouloir secouer le paysage politique. Derrière le chef résolu qui prône « Oser pour vrai », la réduction de l'État et un marché libéré, se dévoile un homme profondément marqué. Son passage en Irak, qui lui laisse encore aujourd'hui un choc post-traumatique et des insomnies tenaces, éclaire d'une lumière intime ses réflexions sur la vulnérabilité et la résilience. De sa charge contre le bilan de la CAQ et le « fédéralisme toxique » d'Ottawa à sa lecture des tensions dans l'Ouest canadien, Éric Duhaime fait sauter la langue de bois. Un entretien sans filtre avec un chef qui a appris de ses erreurs et choisit de jouer cartes sur table.