
Show Notes
Dans ce premier volet, Méta-Talk#2 s’attaque à une question vertigineuse : sommes-nous en train de perdre pied avec la réalité ? Ce que nous voyons, lisons ou croyons vacille entre le vrai et le faux. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et surtout, comment définir une notion aussi complexe que le réel ?
Amplifiés par l’intelligence artificielle, les récits sensationnalistes se superposent, brouillant sans cesse la frontière entre information vérifiée, opinion, fiction… ou pure invention. Nos invités décryptent un déluge informationnel où les faits alternatifs remplacent la vérité, les récits fabriqués deviennent viraux, et le rôle du journaliste est plus menacé que jamais. Un constat commun : le doute devient le nouveau réflexe. Bienvenue en Post-réalité : un monde où l’émotion domine les faits, où chacun peut créer sa propre version d’un même événement, et où la confiance dans les médias n’a jamais été aussi fragile. Pour répondre aux questions d’Alexandra Klinnik : Apolline Guillot, philosophe et rédactrice en chef chez Philonomist
Fabrice Arfi, co-responsable du pôle Enquête chez Médiapart
Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans Frontières
3 citations à retenir : 1️⃣ La nécessité de documenter le réel : « Je crois que c'est Orwell qui disait que le réel n'existe que dans nos têtes (...) On est peut-être dans un moment où on ne voit que ce que l'on croit désormais. Et c'est pour ça que le journalisme est d'autant plus requis parce que la seule manière de mon point de vue de documenter le réel, c'est de mettre comme dans les pièces d'un puzzle, des faits, des faits vérifiés et d'intérêt général. Et ça, il y a des métiers pour le faire. C'est la fabrication du savoir et le journalisme en fait partie. » - Fabrice Arfi 2️⃣ Établir les faits pour dialoguer : « Le journalisme, c'est un effort pour tendre vers des réalités factuelles. Et ce qui est attendu en responsabilité des journalistes, c'est d'établir des vérités de faits qui d'ailleurs, peuvent faire l'objet d'une contestation au tribunal, etc. Mais la responsabilité première, c'est établir les faits. Et si on n'a plus cette base, effectivement, la concorde citoyenne n'est plus possible. On ne peut plus discuter. On ne peut plus dialoguer. » - Thibaut Bruttin 3️⃣ Le déni du réel : « Le réel commence là où on tolère l'inconfort (...) Le réel, comme le disait Lacan, c'est quand on se cogne, c'est quand il y a de l'adversité, par exemple, quelqu'un qui va s'opposer à nous, il y aura de la friction, il y aura des débats et on va devoir justifier de ses opinions, de ces croyances (...) Notre intolérance au réel, c'est aussi une intolérance à tout ce qui nous fait mal à tout ce qui nous menace dans nos croyances. » - Apolline Guillot Méta-Talk est une émission proposée par Méta-Media, le blog de prospective de France Télévisions.
More from Méta-Media france tv
À l’ère de l’IA générative, le doute est devenu la norme. Les internautes évoluent dans un brouillard informationnel permanent, submergés par un flux ininterrompu de contenus, souvent anxiogènes, disponibles 24 heures sur 24. Lapins bondissant sur un trampoline, séquences « satisfying » ces petits moments visuels étrangement plaisants : ces distractions côtoient sans transition les actualités des conflits géopolitiques les plus graves, les violences sociales, la crise climatique et bien d’autres réalités tout aussi pesantes. Or notre cerveau n’est pas conçu pour absorber un tel déluge. Quelles solutions pour faire le tri dans cet hypermarché médiatique totalement dérégulé, où tout semble se valoir ?
Alors que le pouvoir du journalisme est de révéler des informations d’intérêt public, l’IA produit et déforme l’information à partir de données existantes. C’est pourquoi, les journalistes ont encore une carte à jouer à condition de transformer leurs pratiques.
Sommes-nous tous en train de perdre pied avec la réalité ? Voilà la grande question abordée dans ce 2ème Méta-Talk. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle ne se contente plus de nous assister : elle brouille les repères. Ce que l’on regarde, lit ou partage peut être vrai, peut être faux… ou flotter quelque part entre les deux. Résultat : plusieurs versions du monde s’opposent, et notre perception du réel se fissure. En prime, un nouveau réflexe se met en place : se méfier par défaut. En 2016, la « post-vérité » désignait un monde où l’émotion dominait l’information. Et maintenant ? Ne serions-nous pas déjà dans l’ère de la Post-réalité ? Un univers où le réel et l’artificiel se mélangent chaque jour un peu plus, où l’adage « Ne crois pas tout ce que tu vois sur Internet » n’a jamais sonné aussi juste. Et cette transformation ne se limite pas au web ! Sur les plateaux de télévision, les récits sensationnalistes se bousculent tandis que les faits passent au second plan. Seuls 32 % des Français interrogés lors du dernier Baromètre Verian estiment que l’on peut faire confiance à ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité. Alors, comment capter le réel dans ce « Truman Show », pour citer l’un de nos invités ? Pour y voir plus clair, Alexandra Klinnik reçoit des observateurs de ces bouleversements : Apolline Guillot, philosophe et rédactrice en chef chez Philonomist
À l’ère de l’IA générative, le doute s’instille partout, dans ce que l’on voit, ce que l’on croit, ce que l’on partage. Nous ne sommes plus seulement en post-vérité, cette ère où l’émotion prime sur les faits - Bienvenue en Post-réalité ! Qu’est-ce qu’un fait, une preuve, une réalité ? Comment vivre dans un monde commun quand on ne parvient pas à s'accorder sur le fait que « deux et deux font quatre » ? Sommes-nous en train de perdre prise avec le réel ? Méta-Media propose un nouvel épisode de Méta-Talk, l’émission d’EMI* qui décrypte l’information et les médias. Ce second volet vise à explorer cette réalité altérée pour en comprendre les mécanismes et surtout proposer des pistes de solutions pour y voir plus clair. Pour en parler, notre journaliste est accompagnée d’acteurs engagés dans ce nouveau paysage : Apolline Guillot, philosophe et rédactrice en chef chez Philonomist Fabrice Arfi, co-responsable du pôle Enquête chez Médiapart Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans Frontières. Une discussion nuancée à retrouver très prochainement sur toutes les plateformes de podcast et sur Youtube !
En France, des figures comme Hugo Décrypte, suivi par plus de 14 millions de personnes, redéfinissent la manière dont l’information est incarnée et diffusée. Cette transformation dépasse largement les frontières de l’hexagone : aux États-Unis, les deux candidats à l’élection présidentielle, Kamala Harris et Donald Trump, ont largement privilégié les influenceurs et les podcasts pour atteindre une audience jeune, délaissant de façon tout à fait revendiquée les médias traditionnels.