
Show Notes
1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 1er novembre 1926 à Badin en Caroline du Nord, Lou Donaldson fut un saxophoniste pétulant à la lisière du swing et de la soul-music balbutiante. Il enregistra pendant près de 50 ans des albums palpitants dont certains devinrent des classiques comme Alligator Bogaloo. Il nous quitta à l’âge respectable de 98 ans. Louis Andrew Donaldson Jr montre très tôt des aptitudes pour la musique. D’abord clarinettiste, c’est finalement au saxophone qu’il révèle son réel talent. Fortement influencé par Charlie Parker, il fait partie d’une génération nourrie par le blues ancestral et le Be Bop des années 40. À cette époque, de jeunes loups fougueux bousculent leurs aînés en proposant une lecture du jazz plus audacieuse. Les grands orchestres ne font plus recette après la crise économique de 1929 et de nouveaux virtuoses dynamitent le paysage sonore en petites formations. Les Miles Davis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, redonnent de l’éclat à une forme d’expression qui épouse l’air du temps et les luttes sociales de plus en plus vives. Lou Donaldson a 20 ans et s’inscrit parfaitement dans cette mouvance artistique que l’on dit « révolutionnaire ». Pourtant, très vite, les goûts du public changent et d’autres couleurs jaillissent. Lou Donaldson a, entre-temps, su se forger une réputation. Au milieu des années 50, il a déjà séduit Art Blakey, Horace Silver, Clifford Brown, Gene Ammons et Milt Jackson, entre autres, qui lui offrent un espace de jeu conséquent, propice au développement de son identité stylistique. Outre ses prestations remarquées aux cotés des grandes figures du moment, il commence à enregistrer ses propres disques pour le label Blue Note auquel il restera fidèle pendant plusieurs décennies. Sa tonalité s’affine et flirte avec les accents du Rhythm’n’Blues, annonciateur du Rock’n’Roll. L’apparition du Free Jazz, à l’aube des années 60, va le déconcerter. Cette nouvelle approche très politique de l’interprétation ne lui sied guère. Peu enclin à suivre cette voie contestataire, il préfère le groove d’une Soul-Music plus consensuelle et spirituelle. Fils de pasteur, il n’a jamais oublié les préceptes de l’église même si son répertoire ne restituait pas forcément le caractère sacré d’une éducation religieuse. C’est en compagnie de l’organiste Jimmy Smith qu’il trouve le compromis idéal. Sans renier ses convictions musicales initiales, il parvient à imprimer un timbre et un tempo qui le distinguent de ses homologues. Lou Donaldson a traversé le XXe siècle en faisant fi des modes et des genres. Il choisît de suivre son instinct. Cette philosophie de vie fut son élixir de jouvence. Lors de la célébration de son 97eme anniversaire, il fît l’effort de se rendre au Dizzy’s Club de Manhattan pour entendre et applaudir ses œuvres dignement interprétées par ses plus fidèles disciples. Il disparut un an plus tard, le 09 novembre 2024. ► Le site de Lou Donaldson.
Titres diffusés cette semaine : - « What now my love » par Lou Donaldson (1995) - « Parker’s mood » par Charlie Parker (1948) - « Minor mood » par Clifford Brown Feat. Lou Donaldson (1953) - « Hornin’ in » par Thelonious Monk Feat. Lou Donaldson (1956) - « Lou’s Blues » par Lou Donaldson (1957) - « Hot Dog » par Lou Donaldson (1969) - « All day long » par Jimmy Smith Feat. Lou Donaldson (1956) - « One cylinder » par Lou Donaldson (1967).
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Remarqué ces dernières semaines dans l’orchestre du saxophone Charles Lloyd, le batteur américain Kweku Sumbry préserve la force spirituelle des rythmes africains en insufflant une cadence très spécifique aux œuvres de ses contemporains. Actuel directeur artistique d’une formation de danse et de percussions ouest-africaines nommée Farafina Kan, il défend un patrimoine ancestral sur les scènes internationales. Le drame de l’esclavage ne fut pas seulement une vive douleur humaine, ce fut une tragédie patrimoniale manifeste. Privée de liens ancestraux pourtant indiscutables, la population africaine-américaine a dû se forger une identité que des siècles d’asservissement ont tenté d’effacer. Résister à l’uniformisation sociale imposée par les colons fut un défi pour des millions d’hommes et de femmes victimes de brimades et d’humiliations. L’art fut un exutoire salvateur. Les chants, les incantations, la danse, la musique, les déclamations, ont donné du cœur à une communauté trop longtemps réduite au silence. Kweku Sumbry a conscience que ses racines africaines sont précieuses. Il en connaît la valeur historique. Son rôle est aujourd’hui celui du griot dont les mots transmettent un héritage séculaire. « Une mission, celle du "fétiche drummer" » « Les percussions d’Afrique de l’Ouest sont au cœur de mon engagement artistique. Je suis né dans une famille de percussionnistes et de danseurs. Ce sont des gens qui ont, toute leur vie, préservé une culture et l’ont transmise de génération en génération. Il se trouve que je suis né à Washington mais, très tôt, on m’a inculqué ce devoir de connaître ses origines. À travers des livres, des films, des chansons et l’enseignement de mes aînés, je me suis approprié mon africanité. J’ai rapidement compris que l’appel des tambours résonnait dans mon esprit. Cela relève d’une spiritualité que je ne m’explique pas. Pendant des heures, quand j’étais plus jeune, je passais mon temps à taper sur des tambours sans vraiment savoir pourquoi. J’étais seulement attiré par les percussions. Je fermais les yeux et je me laissais porter par la musicalité et le rythme. Très vite, je me suis senti investi d’une mission, celle du "fétiche drummer". J’étais celui qui faisait le pont entre l’univers du visible et de l’invisible. D’une certaine manière, j’ai grandi dans cette culture et dans ses croyances. Je jouais donc des percussions durant les cérémonies et cela a occupé une bonne partie de mon existence. Jouer des percussions donne un sens à ma vie et me rend heureux. J’ai constamment le sourire aux lèvres lorsque je suis derrière une batterie. J’ai l’impression d’appartenir à une communauté dont l’histoire ancestrale définit mes origines ». (Kweku Sumbry au micro de Joe Farmer) Ces dernières années, Kweku Sumbry s’est illustré aux côtés de jeunes virtuoses dont les noms scintillent au XXIe siècle : le saxophoniste Immanuel Wilkins, le trompettiste Ambrose Akinmusire, les pianistes Jason Moran et Gerald Clayton, notamment… Il s’épanouit au contact des instrumentistes de sa génération mais n’oublie jamais l’impérieuse nécessité de connaître le passé. Alors, il écoute attentivement ses aînés et s’en inspire. « Très inspiré par le jeu de Mamady Keïta » « Je suis très influencé par Famoudou Konaté, qui est toujours parmi nous à 86 ans. C’est un percussionniste incroyable, originaire de Guinée en Afrique de l’Ouest. Il est ma référence absolue, j’étudie profondément sa musique et sa manière de jouer. Je suis également très inspiré par le jeu de Mamady Keïta qui n’est plus de ce monde mais qui a certainement été le plus grand joueur de djembé en Afrique de l’Ouest. Il est d’ailleurs celui qui a accueilli mon oncle Mahiri Fadjimba Keïta dans son groupe. Grâce à lui, nous avons tous appris les traditions et l’histoire de nos cultures ancestrales. Nous avons appris les langues traditionnelles à ses côtés. Sans Mamady Keïta, mon oncle n’aurait pas acquis un tel savoir, et je ne l’aurais pas acquis à mon tour. J’aim
Il y a 60 ans, le guitariste Jimi Hendrix donnait ses tout premiers concerts en France, dont une prestation à l’Olympia devenue historique. Ce chapitre éminent de son épopée est narré à la première personne par Yazid Manou, instigateur du premier festival Hendrix à Paris en 1990 et auteur d’un récit biographique vif et enthousiaste paru aux éditions Erick Bonnier. L’histoire de Yazid Manou est singulière. Devenu, en l’espace de 30 ans, la référence « hendrixienne » en France, il ne se voyait pas écrivain jusqu’à ce que les éditions Petit à Petit le convient en 2022 à écrire les pages biographiques d’une bande dessinée consacrée à son musicien préféré. Ces premiers textes furent finalement la trame de l’ouvrage que nous découvrons aujourd’hui et qui résument l’aventure d’un virtuose absolu dont on ne cesse de conter la destinée aussi brève que prodigieuse. L’intérêt de ce livre n’est pas seulement le voyage musical d’un maestro mais les petits détails que l’auteur, fort de ses recherches passionnées, distille tout au long des quelque 110 pages qui captent notre attention. Si tout semble avoir été dit, Yazid Manou puise dans ses archives, collectées depuis 50 ans, pour tenter de donner du crédit à des faits trop longtemps jugés incertains. Ainsi, les premières prestations de Jimi Hendrix en France sont méticuleusement commentées, répertoriées, datées, illustrées. Une fantastique photo, dont les historiens se délecteront dorénavant, atteste de la venue d’un jeune guitariste américain à Nancy le 14 octobre 1966. La veille, il se produisait à Évreux avant de se rendre à Villerupt et à Paris (Olympia). À cette époque, Jimi Hendrix est inconnu. Il n’a pas encore fait paraître « Hey Joe », son premier grand classique emprunté au guitariste et harmoniciste Billy Roberts qui se serait, lui-même, approprié la paternité d’une œuvre issue du patrimoine populaire américain. Qu’importe ! La version qu’en donne le futur « guitar-hero » fait mouche et inscrit son nom dans l’imaginaire subversif de la génération pop des années 60. En l’espace de quatre ans, Jimi Hendrix révolutionne la technique, la maîtrise et le son de la guitare électrique. Depuis sa disparition, le 18 septembre 1970, une somme d’enregistrements plus ou moins recommandables nourrit la ferveur des fans éplorés, mais ce procédé mercantile, s’il préserve l’image d’une icône, n’est pas intarissable et il est opportun de s’interroger sur la valeur de ce que l’industrie du disque osera proposer dans les années à venir. Il reste cependant des documents inédits soumis à d’intenses tractations juridiques. C’est le cas d’un film tourné au Royal Albert Hall de Londres en février 1969. Comme le raconte Yazid Manou dans son livre, un différend entre les ayants droit interdit la diffusion ou la commercialisation de ces images considérées comme le Saint Graal des aficionados. Aura-t-on un jour le plaisir de découvrir cette précieuse archive ? Entretenir l’espoir est peut-être le meilleur moyen de faire vivre une figure mythique… En attendant, savourons la dernière pépite, disponible depuis le 16 octobre 2026, l’intégralité du concert donné à Berkeley en Californie, le 30 mai 1970. ► À lire : Jimi Hendrix par Yazid Manou ► Site internet de Jimi Hendrix
Pour qu’une formation musicale résiste à l’érosion du temps, il faut de la constance et un ancrage solide dans les traditions ancestrales. Ainsi, l’universalité de l’expression artistique paraît inaltérable. C’est ce défi que l’Orchestra Baobab a relevé au fil des décennies en ne se départissant jamais de sa tonalité afro-latine palpitante. Le nouvel album du groupe, Made in Sénégal, en est une belle démonstration. Créé en 1970, cet orchestre fameux faisait danser les habitués du club Baobab, un établissement d’abord réservé à une clientèle composée de politiciens et d’hommes d’affaires. La bourgeoisie sénégalaise fréquentait donc ce lieu réputé où la musique afro-cubaine, très en vogue à l’époque, rythmait les soirées dakaroises. Progressivement, la force expressive de l’Orchestra Baobab a largement dépassé l’enceinte de cette boîte de nuit huppée pour toucher un public populaire et particulièrement fervent. L’aventure ne faisait que commencer et se poursuit aujourd’hui un bon demi-siècle plus tard. Certes, plusieurs membres originels ont rejoint les cieux mais l’esprit des fondateurs continue de nourrir la créativité de leurs héritiers. Les aînés tiennent d’ailleurs à perpétuer la tradition en accueillant très régulièrement de jeunes instrumentistes et interprètes dans leurs rangs. L’Orchestra Baobab doit veiller au renouvellement des générations pour que son propos et sa musique épousent l’air du temps. Cette exigence a toujours animé les piliers du groupe qui ont su maintenir l’aura et la notoriété du « Baobab » quand le doute fragilisait l’avenir. Rester à l’écoute des évolutions sociales et musicales n’est pas un choix stratégique ou commercial, c’est une nécessité absolue pour cette institution cinquantenaire dont la longévité impose le respect. Pour être toujours pertinent en 2026, il faut marquer le coup et démontrer que l’Orchestra Baobab vit au XXIè siècle. En mettant en lumière la merveilleuse voix de la jeune Korka Dieng, première chanteuse dans l’histoire du groupe, le message est clair : les temps ont changé et le « Baobab » s’inscrit dans cet élan progressiste indiscutable. Le talent n’a pas de couleur ou de genre. Il doit juste être chaperonné. Made in Sénégal traduit parfaitement cet impératif qui renforce la crédibilité d’un collectif légendaire. Vous en serez certainement convaincus le 16 octobre à Trappes, en région parisienne, lors d’une prestation très attendue dans le cadre du festival « Villes des musiques du monde ». - Le site d'Orchestra Baobab - Le site des Villes des Musiques du monde. Titres diffusés cette semaine : - « Baobab 50 ans » par l’Orchestra Baobab (2026) - « Casamance » par l’Orchestra Baobab (2026) - « On verra ça » par l’Orchestra Baobab (1978) - « Tioro Bye Samba » par l’Orchestra Baobab (2026).
Pilier du groupe Sixun depuis les années 80, Michel Alibo est un fervent défenseur des fusions stylistiques et culturelles. Profondément attaché à ses racines antillaises, il sait combien l’échange et le partage sont les clés d’une vie sociale apaisée. Curieux, un poil aventurier, les expériences les plus périlleuses le font frétiller. La liste des artistes dont il a soutenu les œuvres est interminable. Célébrons un artisan de la sono mondiale ! C’est au Cameroun que la force expressive de la basse lui saute aux oreilles. Il n’a que 16 ans mais ce premier périple africain le fait grandir instantanément. Il réalise que son instrument de prédilection n’est pas seulement destiné à accompagner les artistes. Être un soliste est possible et ce constat modifie ses perspectives. Jusqu’alors, sur la basse électrique qu’il avait chipée à son frère aîné, il se contentait de suivre sagement les codes des musiques antillaises. Quand Michel Alibo découvre toutes les possibilités rythmiques et harmoniques qui s’offrent à lui, son esprit métis scintille immédiatement. Nous sommes au milieu des années 70, le jazz fusion est en vogue et la figure de Jaco Pastorius, bassiste prodigieux du groupe Weather Report, est un repère pour nombre de futurs virtuoses. Bien que le swing américain capte l’attention des musiciens les plus audacieux, Michel Alibo ne veut pas se laisser enfermer dans un format prédéfini. Il veille à ce que ses racines caribéennes jaillissent dans chacune de ses prestations ou productions. Ses premiers albums sous son nom, Alibo et Kintetik revendiquent cette approche multiculturelle que le groupe Sixun portera en étendard dès 1985. Les origines de chacun des membres de ce fameux sextet traduisent son intention universaliste. Cet engagement citoyen ne s’est pas flétri et Sixun continue de susciter l’engouement et les acclamations. La communion n’interdit cependant pas les expériences. Michel Alibo a multiplié les rencontres et, un demi-siècle après ses premiers pas, peut s’enorgueillir d’avoir magnifié les œuvres de personnalités aussi diverses que Manu Dibango, Michel Jonasz, Salif Keita, Andy Narell ou Richard Payne. Son nom apparait d’ailleurs sur des dizaines d’enregistrements. Ces dernières années, la contrebasse semble titiller sa créativité. Aux côtés de Mario Canonge et Arnaud Dolmen ou au sein des « Poets of Forest », il privilégie la rondeur acoustique de cet instrument imposant que sa maturité stylistique apprivoise progressivement. Du haut de ses 50 ans de carrière, il peut se lancer de nouveaux défis. L’un des plus symboliques sera son concert en vedette, le 7 octobre 2026, au New Morning à Paris en présence de nombreux invités. ► Facebook Michel Alibo (officiel).
Saxophoniste habité par une spiritualité musicale unique, John Coltrane continue de susciter révérence et admiration. La force expressive de ses œuvres a tapissé le paysage sonore du XXè siècle. 100 ans après sa naissance, son aura fascine toujours et nourrit les créations artistiques de notre temps. Ses proches, disciples, héritiers et contemporains, perpétuent aujourd’hui son message et sa vision au-delà des décennies. Né à Hamlet, en Caroline du Nord aux États-Unis, le 23 septembre 1926, John Coltrane fut l’un des rares musiciens à avoir su conserver son intégrité sans jamais altérer son génie créatif, quitte à brouiller les pistes et à déconcerter ses contemporains. Le trompettiste Miles Davis avait très tôt ressenti la force expressive de ce virtuose inventif et lui avait offert une place de choix dans son orchestre dès 1955. À cette époque, l’univers sonore dans lequel évoluent les instrumentistes de jazz exprime leurs doutes, leurs peurs, leurs convictions, leur refus des inégalités sociales et leur engagement citoyen. John Coltrane sera le témoin et, bientôt, l’acteur de cette agitation populaire salvatrice. Il militera, à sa manière, et s’indignera des exactions outrancières racistes. Lorsqu’il forme son quartet en 1960, il fait entendre instantanément sa frustration dans son propre répertoire. Le titre « Alabama » révélera d’ailleurs la grandeur d’âme de cet homme profondément atteint par les injustices et les violences impunies. Cette composition est l’écho d’un trouble et d’une colère sourde après l’assassinat de quatre jeunes filles noires brûlées vives par plusieurs membres du Ku Klux Klan dans une église de Birmingham (Alabama) le 15 septembre 1963. « Ce fut l’une des séances d’enregistrement les plus poignantes que j’ai vécues, nous avions tous les larmes aux yeux. Si ce genre d’événement ne vous remue pas, c’est que vous n’avez pas de cœur. Voilà ce que j’appelle une œuvre inscrite dans l’histoire. Elle véhicule à jamais une énergie particulière. Il est seulement dommage que ce soit ce genre de drame qui insuffle une énergie nouvelle à la musique mais en l’occurrence, une tragédie a provoqué une réaction, un événement artistique. La créativité, par définition, s’inscrit dans l’instant, le moment, et lorsqu’on est créateur, l’éclair de génie survient presque en avance sur l’événement, c’est ce qui le rend unique ! ». (Elvin Jones, batteur de John Coltrane, au micro de Joe Farmer en 2003) Bouillonnant, imprévisible, John Coltrane bouscula le jazz de ses aînés dans un déluge de notes dictées par la contestation mais cet esprit fondeur n’était pas provocateur. Animé par des sentiments profonds, John Coltrane se laissait porter par son émotion, son humeur. Aujourd’hui encore, sa musique parfois excessive irrite les oreilles les plus affûtées. Sans les commentaires avisés de ses proches, il est souvent difficile de décrypter ce patrimoine musical massif. John Coltrane était un artiste libre, exigeant et généreux. Pendant cinq ans, de 1960 à 1965, McCoy Tyner (piano), Elvin Jones (batterie), Jimmy Garrison (contrebasse) et John Coltrane (saxophone) écriront l’histoire. Progressivement, les recherches musicales et spirituelles du leader se teinteront d’un mysticisme jazz troublant et incertain. Quand paraît son œuvre majeure A Love Supreme en 1965, les réactions sont partagées. Cette liberté de ton et cette frénésie débridée, lorgnant vers le free jazz, interpellent. John Coltrane semble vivre dans un monde intérieur qu’il est le seul à comprendre. Le regretté saxophoniste américain Pharoah Sanders partagea les dernières années de cette quête d’absolu aux côtés du maître : « Il fut l’un des grands leaders du jazz sur cette planète. Je lui suis reconnaissant et je sais que sa musique touche désormais le monde entier. À l’époque, je n’avais pas réellement conscience de participer à une aventure exceptionnelle. Je me contentais d’être moi-même. Ce fut une sacrée opportunité pour moi car j’étais en présence d’un géant.