
Show Notes
Pister les animaux, pour twister sa réflexion Pendant plus de deux ans, Baptiste Morizot a observé des castors. En compagnie de la paysagiste franco-américaine Suzanne Husky et d’une escouade de camarades, ils-elles ont appris les techniques de ce petit ingénieur rongeur pour échafauder à leur tour des barrages, susceptibles de régénérer des rivières « abîmées » et trop « contrôlées », dans la Drôme ou aux États-Unis. C’est l’un des axes essentiels du passionnant et très accessible Rendre l’eau à la terre, son essai sur des « alliances possibles » face au chaos climatique, parcouru de sublimes aquarelles, sorti en 2024 et vendu à 21 000 exemplaires.
« Chacun, chacune doit prendre en charge la défense de son milieu, explique le philosophe. Ne perdons pas trop de temps à nous demander si c'est déjà cuit, si on ferait mieux d'aller siroter des mojitos (…) Nous sommes à un moment pivot, analogue à la Renaissance ou les Lumières, à l’orée d’inventer (…) une nouvelle pensée de l’action technique qui permettrait de vivre de manière soutenable. »
Dans son dernier ouvrage, Le regard perdu (2025), il écrit qu’être une personne « décente » consiste peut-être « à vouloir être honnête, respecter les mots, dire ce qu’on pense calmement, être ferme et accepter avec souplesse de s’être trompé, ne pas vouloir occuper l’esprit des autres avec des choses viles faites seulement pour capter l’attention (…) Penser comme si c’était la chose la plus importante au monde et, simultanément, ne pas se prendre trop au sérieux (…) Penser, juste pour la joie de vivre l’aventure d’une idée. Penser comme un chien court sur la plage. » C’est l’attitude à suivre lors de ce troisième et dernier épisode, qui ne manque pas de flair.
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis. Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Enregistrements de terrain
Rodolphe Alexis
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
More from Bookmakers : le making-of de la littérature
En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
Penser la « frontière », en mouvement Globe-trotter polyglotte, Paul B. Preciado débarque à Paris à la fin des années 90 : sa lecture approfondie des philosophes Michel Foucault ou Gilles Deleuze lui a donné « envie de vivre dans la langue française ». Ce « contrebandier entre deux mondes » – qui, à ce moment-là, ne s’appelle pas encore Paul – publie en 2000 son Manifeste contra-sexuel, un essai illustré par ses soins sur l’histoire socioculturelle d’un objet « qui met mal à l’aise » aussi bien son psy que ses amies féministes : le gode. S’en suivra en 2008, après avoir contribué à importer en France la culture drag-king, un récit « auto-pornographique » intitulé Testo junkie (Grasset), vendu en France à vingt mille exemplaires, dans lequel il raconte le début de sa transition via des prises de testostérone ou les débuts de son histoire d’amour avec l’écrivaine Virginie Despentes, qui voit chez lui « une arrogance sexy, une arrogance joyeuse ».
Jeunesse et métamorphoses d’un « petit monstre heureux » Il se décrit parfois comme un « transfuge de genre », un « dissident du régime de la différence sexuelle », « ex-femme, ex-lesbien, exclamatif et exaspéré, exégète des textes perdus et des photographies brûlées ». Dans ce premier épisode, nous verrons comment Paul B. Preciado, penseur de la « croisée des chemins », a grandi « dans un film d’Almodóvar » et comment le fait d’être souvent vêtu « en bleu et en jean », son « uniforme de philosophe », est sans doute un hommage à son père garagiste. D’abord éduqué par des bonnes sœurs, celui qui voulait, enfant, « devenir prêtre ou torero, ou devenir le taureau » raconte aussi la façon dont il fut « sauvé », ado, par une école capable d’accueillir sa sensibilité, ainsi que la découverte des écrits « criminels » de Nietzsche ou de Jean Genet, le trouble que lui inspire Le corps lesbien de Monique Wittig, ses premiers articles dans les fanzines queers de Madrid ou son « évasion » aux États-Unis, ébloui par la pensée « cathédrale » de son mentor Jacques Derrida. Tout le monde en Paul-Position !
Dans les coulisses du film « Persepolis » Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Défaire les contes de fée : méthode Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.