Renaud Dékode

VivaTech et Osez l'IA révèlent la vraie crise de l'IA française

Renaud Dékode

Show Notes

VivaTech a changé. L’administration, toujours pas.

Cette semaine, j’ai vu deux choses qui racontent exactement la même histoire : l’IA et la tech sont en train de devenir des objets de communication (politique et marketing) au lieu de rester des moteurs d’innovation. D’un côté, VivaTech, visité sur place. De l’autre, l’annonce du renforcement du plan « Osez l’IA », faite… à VivaTech. Ce n’est pas un hasard.

Dans cette vidéo, je ne commente pas ce qu’on dit du salon ou des annonces officielles : je raconte ce que j’ai constaté, puis je prends les chiffres publics au mot et je fais la division.

1) VivaTech : du salon d’innovation à la vitrine Ce que j’ai vu en arpentant les halls : - Des « villages » de géants (pays, régions, grandes marques, big tech) avec, au milieu, des stands minuscules qui se noient dans la masse - Beaucoup de visites politiques, de mises en scène et de présence « pour être vue » - Peu ou pas de prototypes marquants, pas de véhicules présentés - Des labos quasi absents (stand CNRS vide) - Les services publics présents l’an dernier ont disparu (à part la DGSI, inaccessible) - Des interviews refusées ou sous contrôle, une parole verrouillée, du message calibré

Conclusion : on est passé du salon où l’on venait montrer ce qu’on fabrique au salon où l’on vient montrer qu’on existe. La techno passe derrière la photo, le logo, la prise de parole. Pour moi, c’est un signal très mauvais : un secteur qui se regarde au lieu de construire.

2) « Osez l’IA » : l’annonce ne tient pas arithmétiquement Source analysée : communiqué de la DGE du 17 juin 2026, annoncé à VivaTech.

Ambition affichée à horizon 2030 : diffusion de l’IA dans toutes les entreprises françaises (100% des grandes entreprises, 80% des PME/ETI, 50% des TPE). On parle de millions d’entreprises.

Maintenant, les montants d’accompagnement qui transforment réellement (pas la sensibilisation) : - Diags Data IA (8 jours, 10 000 € HT, prise en charge État 40%) Enveloppe : 9,6 M€ L’État met 4 000 € par diag → 9,6 M€ / 4 000 € = 2 400 entreprises maximum Et un diag de 8 jours reste un audit léger, pas une transformation

- Accélérateurs IA (18 mois, ~38 jours : le dispositif le plus profond) Enveloppe : 2 M€ ; prise en charge État 46% Coût unitaire non publié ; ordre de grandeur 45–60 k€ → part État ~20–28 k€ 2 M€ / ~23 k€ = moins de 100 entreprises (environ 70 à 90)

Résultat : - Accompagnement profond : moins de 100 entreprises - Audits légers inclus : quelques milliers (2 400 au plafond) - Objectif annoncé : des millions L’écart est de l’ordre de 1 pour 1 000. Ce n’est pas une opinion : c’est une division. On annonce un choc pour « toutes les entreprises », mais on ne finance pas la capacité de le produire.

3) Le point commun : l’IA transformée en communication VivaTech montre une tech mise en scène. Osez l’IA montre un État qui promet un choc qu’il ne rend pas possible financièrement. Dans les deux cas, l’IA devient une case à cocher : on s’affiche avec, on en parle, mais on ne fait pas le travail de fond.

Et surtout : ne tombons pas dans le piège de dire « l’IA est devenue ça ». L’IA n’est pas le problème. Elle est un amplificateur et un révélateur. Ce qui déraille ici, ce sont nos choix humains : la recherche d’image, l’absence de courage, le pilotage faible, la préférence pour le spectacle plutôt que l’exécution.

L’IA ne nous rend pas bêtes, lâches ou cupides. Elle révèle ce qu’on est déjà prêts à faire. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut choisir autre chose.

#intelligenceartificielle #VivaTech #innovation

On en discute ensemble : https://www.renaud-dekode.fr

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