
Show Notes
La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade Dans son roman L’évasion (Gallimard, 2013), Dominique Manotti libère le seul personnage d’écrivain de son œuvre : Filippo Zuliani, un petit voyou rital de vingt-trois ans qui s’échappe d’une prison romaine mais qui regrettera bientôt d’avoir « marqué un point contre le désespoir » en publiant l’histoire de son compagnon de cellule, ancien membre des Brigades rouges. Le destin punira Filippo d’avoir trahi, en étant à la fois trop précis dans son roman et… trop bavard en interview.
« J’ai la conviction que le roman noir sera la grande littérature du XXIe siècle, ce siècle des paradis fiscaux et de la perte de contrôle des Etats sur les masses monétaires à l’échelle mondiale. Le pouvoir change de mains. Il faut le raconter », dit celle qui fréquenta trente ans durant « un certain nombre d’amis flics, démissionnaires ou retraités ». Les ténébreuses silhouettes qui peuplent ses livres-enquêtes commencent à lui parler dans les embouteillages, ou lors de ses moments de repos. « Je respecte les faits, leur ordre de succession, je m’oblige à construire mon histoire sans les déformer. Mais les personnages, je les invente, c’est ma jubilation. Je raconte des hommes qui ne sont ni des monstres ni des anges. Pour moi, il s'agit d'humaniser mes salauds. »
Pour Or noir (2015), son imagination « frémit » en situant la nouvelle enquête du commissaire Daquin à Marseille – qui lui fournit ensuite la matière terrible de son dernier roman en date : Marseille 73. Publié par Les Arènes en 2020, vendu à trente mille exemplaires, l’ouvrage restitue jour par jour le récit glacial d’une vague d’authentiques assassinats racistes perpétrés en toute impunité dans la cité phocéenne, en bande organisée. « La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade, personne ne peut la canaliser » : si l’on se fie à cette description de Jul, Dominique Manotti, c’est Marseille mémé !
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
More from Bookmakers : le making-of de la littérature
En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
Penser la « frontière », en mouvement Globe-trotter polyglotte, Paul B. Preciado débarque à Paris à la fin des années 90 : sa lecture approfondie des philosophes Michel Foucault ou Gilles Deleuze lui a donné « envie de vivre dans la langue française ». Ce « contrebandier entre deux mondes » – qui, à ce moment-là, ne s’appelle pas encore Paul – publie en 2000 son Manifeste contra-sexuel, un essai illustré par ses soins sur l’histoire socioculturelle d’un objet « qui met mal à l’aise » aussi bien son psy que ses amies féministes : le gode. S’en suivra en 2008, après avoir contribué à importer en France la culture drag-king, un récit « auto-pornographique » intitulé Testo junkie (Grasset), vendu en France à vingt mille exemplaires, dans lequel il raconte le début de sa transition via des prises de testostérone ou les débuts de son histoire d’amour avec l’écrivaine Virginie Despentes, qui voit chez lui « une arrogance sexy, une arrogance joyeuse ».
Jeunesse et métamorphoses d’un « petit monstre heureux » Il se décrit parfois comme un « transfuge de genre », un « dissident du régime de la différence sexuelle », « ex-femme, ex-lesbien, exclamatif et exaspéré, exégète des textes perdus et des photographies brûlées ». Dans ce premier épisode, nous verrons comment Paul B. Preciado, penseur de la « croisée des chemins », a grandi « dans un film d’Almodóvar » et comment le fait d’être souvent vêtu « en bleu et en jean », son « uniforme de philosophe », est sans doute un hommage à son père garagiste. D’abord éduqué par des bonnes sœurs, celui qui voulait, enfant, « devenir prêtre ou torero, ou devenir le taureau » raconte aussi la façon dont il fut « sauvé », ado, par une école capable d’accueillir sa sensibilité, ainsi que la découverte des écrits « criminels » de Nietzsche ou de Jean Genet, le trouble que lui inspire Le corps lesbien de Monique Wittig, ses premiers articles dans les fanzines queers de Madrid ou son « évasion » aux États-Unis, ébloui par la pensée « cathédrale » de son mentor Jacques Derrida. Tout le monde en Paul-Position !
Dans les coulisses du film « Persepolis » Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Défaire les contes de fée : méthode Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.