
Show Notes
Passé carabiné Élève Pennac, au tableau ! Montez sur l’estrade et récitez-nous la leçon de votre vie : celle du cancre absolu à la mémoire de gruyère, du dernier de la classe nul en calcul comme en orthographe, qui fut « sauvé » par une poignée de professeurs autant que par son talent pour « l’affabulation », le mythe du petit menteur provençal qui devint – vingt-cinq ans durant – un prof de français à l’écoute des « ados en péril » doublé d’un écrivain prolifique parmi les plus lus de son pays. Contez-nous en vrac, comme à la fin de votre essai « Chagrin d’école » (prix Renaudot 2007, vendu à 1,2 million d’exemplaires), comment « une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer ».
Dans ce premier épisode, l’auteur de « La fée carabine » revient sur le « salopard » qui lui inspira l’enseignant si sévère des aventures collégiennes de « Kamo » (1991-1992), sur le braquage d’un coffre-fort qui l’envoya en pension, sur le livre qui lui fut providentiellement « commandé » en classe de troisième, sur son premier ouvrage publié à 29 ans, en 1973 (une attaque contre le « virilisme débile » du service militaire) ou sur ses deux romans jamais réédités de « politique burlesque » imaginés avec le Roumain Tudor Eliad. Sortez les cahiers : place à la masterclass du jeune octogénaire aux « lunettes de Geppetto », à l’heure de ChatGPT.
L’auteur du mois : Daniel Pennac
Né à Casablanca en 1944, Daniel Pennac a choisi le roman « pour ne pas avoir à trop se fréquenter ». Il est l’auteur adoré de la saga « Malaussène », comédies policières cosmopolites sur une famille tapageuse de Belleville, vendue à 6,7 millions d’exemplaires rien qu’en France (huit tomes, 1985-2022, Gallimard). On lui doit également des romans pour enfants drôlement chouettes (« Cabot-Caboche », « L’œil du loup », 1982-1984), un bref essai sur la lecture intitulé « Comme un roman » (1,1 million d’exemplaires, 1992) ou des scénarios de bande dessinée pour Tardi, Florence Cestac ou la série Lucky Luke. Sacré par l’Académie Française en 2023 pour l’ensemble de son œuvre lumineuse, il vit et travaille à Paris, ainsi que dans son Vercors chéri.
Remerciements
Blandine Rinkel, Vincent Schneegans, Maxime Su Ribera. Enregistrements
janvier 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Mathilde Guermonprez
Montage
Gary Salin & Mathilde Guermonprez
Lecture
Samuel Hirsch
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Piano
Maison Pierō
Illustration
Sylvain Cabot
More from Bookmakers : le making-of de la littérature
En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
Penser la « frontière », en mouvement Globe-trotter polyglotte, Paul B. Preciado débarque à Paris à la fin des années 90 : sa lecture approfondie des philosophes Michel Foucault ou Gilles Deleuze lui a donné « envie de vivre dans la langue française ». Ce « contrebandier entre deux mondes » – qui, à ce moment-là, ne s’appelle pas encore Paul – publie en 2000 son Manifeste contra-sexuel, un essai illustré par ses soins sur l’histoire socioculturelle d’un objet « qui met mal à l’aise » aussi bien son psy que ses amies féministes : le gode. S’en suivra en 2008, après avoir contribué à importer en France la culture drag-king, un récit « auto-pornographique » intitulé Testo junkie (Grasset), vendu en France à vingt mille exemplaires, dans lequel il raconte le début de sa transition via des prises de testostérone ou les débuts de son histoire d’amour avec l’écrivaine Virginie Despentes, qui voit chez lui « une arrogance sexy, une arrogance joyeuse ».
Jeunesse et métamorphoses d’un « petit monstre heureux » Il se décrit parfois comme un « transfuge de genre », un « dissident du régime de la différence sexuelle », « ex-femme, ex-lesbien, exclamatif et exaspéré, exégète des textes perdus et des photographies brûlées ». Dans ce premier épisode, nous verrons comment Paul B. Preciado, penseur de la « croisée des chemins », a grandi « dans un film d’Almodóvar » et comment le fait d’être souvent vêtu « en bleu et en jean », son « uniforme de philosophe », est sans doute un hommage à son père garagiste. D’abord éduqué par des bonnes sœurs, celui qui voulait, enfant, « devenir prêtre ou torero, ou devenir le taureau » raconte aussi la façon dont il fut « sauvé », ado, par une école capable d’accueillir sa sensibilité, ainsi que la découverte des écrits « criminels » de Nietzsche ou de Jean Genet, le trouble que lui inspire Le corps lesbien de Monique Wittig, ses premiers articles dans les fanzines queers de Madrid ou son « évasion » aux États-Unis, ébloui par la pensée « cathédrale » de son mentor Jacques Derrida. Tout le monde en Paul-Position !
Dans les coulisses du film « Persepolis » Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Défaire les contes de fée : méthode Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.