
S1E298: Bourse : pourquoi les taux d'intérêt des obligations 30 ans inquiètent
Gestionnaires en action PodcastShow Notes
GESTIONNAIRES EN ACTION. Les taux d’intérêt des bons du Trésor américains à échéance de 30 ans s’approchent de la barre psychologique de 5%, ce qui fait craindre un repli des marchés boursiers. Julie Hurtubise, conseillère en placements à Gestion de patrimoine TD, soutient que plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. «À 5%, les obligations deviennent une vraie alternative aux actions. Donc, à ce niveau, certains investisseurs vont vouloir réduire leur risque. Ça crée donc un déplacement des capitaux, car ils vendent des actions pour s'en aller vers les obligations», dit-elle. Un autre point plus technique fait aussi craindre un repli des marchés boursiers, puisque si le seuil psychologique des 5% est franchi, cela pourrait déclencher des rééquilibrages automatiques des portefeuilles et provoquer une certaine volatilité à court terme. «Ça a aussi un effet négatif sur les valorisations des entreprises. Une action, c'est la valeur en dollars d’aujourd'hui des profits futurs d'une entreprise. Quand les taux montent, ces profits sont actualisés à un taux plus élevé et valent donc moins cher en dollars d’aujourd’hui. Résultat, les investisseurs sont moins enclins à payer des ratios élevés pour se procurer des actions», raconte-t-elle. Elle précise également que la hausse des taux d’intérêt rend aussi les emprunts plus coûteux, ce qui peut limiter les investissements et la croissance des bénéfices.
Des craintes justifiées? Selon Julie Hurtubise, les craintes des marchés financiers reflètent un environnement où l'inflation demeure un peu plus persistante, notamment avec la récente remontée du prix du pétrole, ce qui repousse les attentes des baisses de taux d’intérêt des banques centrales. «Quand on se retrouve avec des taux plus élevés plus longtemps, les marchés n'aiment pas ça», dit-elle. Toutefois, elle estime que la situation actuelle n’est pas un signal de crise, puisque les entreprises continuent de générer des profits. «Les entreprises continuent de générer des profits, et tant que la croissance économique se maintient, les entreprises peuvent absorber les taux plus élevés. Les craintes sont donc réelles, mais peut-être un peu amplifiées», raconte-t-elle. La conseillère en placements explique que les investisseurs boursiers ont divers moyens de protéger leur portefeuille lorsque les taux des obligations à long terme sont élevés. «Ils peuvent augmenter leur exposition aux obligations, puisque celles-ci offrent des rendements intéressants avec moins de volatilité. Pour ce qui est des actions, on peut se retourner vers des entreprises un peu plus stables avec des flux de trésorerie solides ou vers celles qui versent des dividendes», dit-elle.
La Banque du Canada garde ses options ouvertes Cette semaine, la Banque du Canada qui a gardé son taux directeur à 2,25%. Selon Julie Hurtubise, l’important pour les investisseurs est de retenir que le gouverneur Tiff Macklem préfère jouer de prudence, étant donné le conflit qui perdure au Moyen-Orient. «L'inflation fondamentale (excluant les composantes plus volatiles, comme l’alimentation et l’énergie) s'est stabilisée légèrement au-dessus de la cible de 2%, ce qui est encourageant. Toutefois, l'inflation globale a récemment remonté, en grande partie à cause des prix de l'énergie, ce qui crée de l’incertitude. C'est exactement pour ça que la Banque du Canada a choisi de ne pas bouger ses taux pour l'instant», dit-elle.
Du jamais vu depuis 1992 à la Réserve fédérale américaine De son côté, pour la dernière décision du président Jerome Powell, la Réserve fédérale américaine a aussi choisi de garder son taux directeur stable entre 3,5% et 3,75%. Il y a toutefois eu quatre dissensions après la publication de la décision, ce qui constitue une première depuis 1992. «C'est très révélateur. Ça démontre qu'il y a un peu plus d'incertitude quant à la direction future des taux et que le consensus au sein de la Fed est beaucoup plus fragile», soutient Julie Hurtubise.
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GESTIONNAIRES EN ACTION. Le titre de CoreWeave (CRWV, 55,60 $US) a touché un creux des 52 dernières semaines le 22 octobre, en raison d’inquiétudes quant à la capacité de l’entreprise de financer sa croissance en bâtissant de nouveaux centres de données. L’entreprise utilise ses centres de données pour louer de la puissance de calcul aux entreprises qui souhaitent développer des applications d'intelligence artificielle (IA). Or, le titre a perdu plus de 30% de sa valeur depuis le 12 octobre, principalement à cause de la hausse des taux d’intérêt sur les obligations non garanties de l’entreprise. «En ce qui concerne CoreWeave, les marchés financiers remettent en question la capacité de l’entreprise de continuer d’investir massivement dans la construction de centres de données pour soutenir la croissance de l’IA. En ce moment, le taux d’intérêt sur les obligations non garanties de l’entreprise est d’environ 15%, ce qui est très élevé», explique Nicolas Vaugeois, vice-président et gestionnaire de portefeuille, revenu fixe mondial, à Fiera Capital. Selon lui, il est très difficile pour une entreprise de croître et de financer des projets aussi coûteux. «Il faut toutefois faire très attention et ne pas mêler le risque de croissance avec le risque de solvabilité», juge-t-il. On estime la dette de CoreWeave à environ 35 milliards de dollars américains (G$US), soit l’équivalent de sa capitalisation boursière. «Il va falloir que l’entreprise continue de s’endetter si elle veut répondre à la demande. Elle a toujours la possibilité de revenir au marché pour émettre des titres de dette garantis», estime-t-il. De telles obligations sont un peu moins risquées pour les prêteurs et commandent donc des taux d’intérêt moins élevés. Un carnet de commandes bien rempli Cette demande est bien présente! Le carnet de commandes de CoreWeave atteint 130 G$US, dont 25 G$US se sont ajoutés depuis la fin du second trimestre. Selon Nicolas Vaugeois, le modèle de CoreWeave fonctionne quand même bien et la société livre des produits de qualité. Il souligne que sa période de recouvrement est de quatre ans, ce qui signifie que chaque centre de données commence à générer des profits à partir de la cinquième année suivant sa construction. S'ils doivent emprunter 100 G$US à un taux d’intérêt de 15 %, c'est 15 G$US de frais annuels qui vont venir effacer des profits potentiels. «On ne pense pas que CoreWeave soit en faillite. On pense juste qu'ils sont en train de vivre un moment un peu plus difficile, car le marché leur donne du fil à retordre du côté des emprunts», raconte-t-il. Un risque de décote? Si la cote de crédit de l’entreprise devait être abaissée, cela ne ferait que confirmer le positionnement des marchés financiers, soutient Nicolas Vaugeois. «Actuellement, la cote de crédit de CoreWeave est à B. Pourtant, les obligations de société de cette catégorie se négocient en ce moment plus entre 8,5% et 9%. À 15%, celles de CoreWeave se négocient comme des obligations de catégorie CCC (plus basse dans l’échelle de Standard & Poor’s)», dit-il. La société est aussi pénalisée en raison de son poids important dans les indices d’obligations de sociétés à haut rendement. Les investisseurs qui décident de vendre ces indices se retrouvent donc à pénaliser CoreWeave de manière importante. Le temps d’acheter au creux? D’après Nicolas Vaugeois, CoreWeave peut continuer à se négocier à des niveaux plus faibles, ce qui ne signifie pas que l’entreprise se retrouve en situation de risque de solvabilité. Selon lui, à son niveau actuel, le titre se rapproche d’un creux de vague et commence à être de plus en plus intéressant. Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
GESTIONNAIRES EN ACTION. L'intelligence artificielle (IA) a grandement contribué aux rendements des marchés boursiers américains depuis 2023. Après bientôt quatre années de domination, est-ce que la tendance peut se maintenir? «Oui, absolument», répond d'emblée Luc Girard, gestionnaire de portefeuille à Noël Girard Lehoux, Valeurs mobilières Desjardins. Ce dernier estime même que l'on amorce une période beaucoup plus intéressante pour l'IA. «Selon moi, on pourrait diviser le développement de l’IA en deux grands chapitres. Le premier, c’était essentiellement de construire l’infrastructure. Mais maintenant, Wall Street va commencer à poser une question assez simple : qu’est-ce qu’on reçoit en retour ?», croit-il. C’est donc là que commence, à son avis, le deuxième chapitre de l’intelligence artificielle. «La question n’est plus : combien investissez-vous en intelligence artificielle? Elle devient: Combien gagnez-vous grâce à l’intelligence artificielle? », dit-il. Il ajoute qu'à un certain moment, tous les milliards investis dans les infrastructures doivent générer des résultats. «Les prochains grands gagnants de l’IA ne seront peut-être pas uniquement les entreprises qui fabriquent les puces ou construisent les centres de données. Ça pourrait être une banque, une compagnie d’assurance, une entreprise industrielle ou une société pharmaceutique. Bref, une entreprise qui réussit à utiliser l’intelligence artificielle mieux que ses concurrents pour améliorer sa rentabilité», raconte-t-il.
GESTIONNAIRES EN ACTION. «Stephen A. Jarislowsky, c'est quelqu'un qui, avec Warren Buffett a été un modèle. Quelqu'un que j'admirais beaucoup», raconte François Rochon, président et gestionnaire de portefeuille à Giverny Capital. Réagissant au décès du célèbre investisseur à l’âge de 101 ans, François Rochon dit avoir quelques points en commun avec Stephen Jarislowsky. «Comme moi, il est devenu investisseur après avoir fait des études en génie. Nous partagions aussi une grande passion pour l’art», relate-t-il. François Rochon estime qu’il a eu une grande influence sur son approche du placement. «Il avait une approche à très long terme, il était patient, il voulait juste détenir des titres de grande qualité. Il était vraiment très inspirant», dit celui qui a eu l’occasion de visiter la collection d’œuvres d’art personnelle du milliardaire, dont la fortune est estimée à 3,9 milliards de dollars américains par Forbes. Le président de Giverny Capital ajoute de plus qu’il était généreux et d’une grande gentillesse.
GESTIONNAIRES EN ACTION. Un important élément à surveiller d'ici la fin de l'année en Bourse est le probable premier appel public à l’épargne d'Anthropic aux États-Unis. La société est derrière l'agent conversationnel Claude. L’agence de presse Reuters a révélé cette semaine avoir obtenu une copie du prospectus de l'entreprise qui dit qu’Anthropic cible une valorisation de 2 000 milliards de dollars américains (G$US). Tout ça malgré des pertes de 8 G$US en 2025. Marc L’Écuyer, gestionnaire de portefeuille à Cote 100, concède qu’il s’agit d’un nouvelle importante. «Pour le moment, on parle d’une entrée en Bourse après les élections de mi-mandat aux États-Unis. Il faut comprendre qu’Anthropic est quand même une société assez jeune», dit-il. Selon lui les documents qui parlent d’une perte de plus de 40 G$US l’an dernier incluent des éléments comptables que l’on peut écarter des calculs. «Ce qui est vraiment important, ce sont les pertes liées aux opérations. De plus, si on se reporte uniquement au second trimestre de 2026, on ne parlerait plus d’une perte, mais bien d’un bénéfice d’exploitation», raconte-t-il. Ce dernier souligne également la forte progression des revenus de la société. «On parle d'environ 4,5 G$US de revenus l'année dernière. Or, pour le seul second trimestre de 2026, Anthropic aurait généré des revenus de 11,6 G$US. Sur une base annuelle, on parle de plus de 45 G$US de revenus pour l’entreprise cette année. C’est une croissance exponentielle», affirme-t-il. Des risques qui font sourciller La direction a aussi dressé une liste exhaustive de tous les risques liés au développement de ses agents d’intelligence artificielle qui a de quoi faire sourciller même les plus enthousiastes. On peut, entre autres, citer des «risques catastrophiques et existentiels pour l'humanité». On dit aussi que l'intelligence artificielle pourrait résister à une éventuelle tentative de la débrancher. Faut-il en prendre et en laisser? «Je pense que oui. Ce n’est pas anormal de voir des listes de risques exhaustives lorsqu'une entreprise fait son entrée en Bourse. Ce qui est peut-être exceptionnel, c'est la nature des risques. C'est rare qu'on va voir un risque existentiel pour l'humanité ou même lire que des systèmes pourraient refuser d’être mis hors service. Toutefois, le risque le plus important est qu’Anthropic s’est engagée à dépenser 500G$US de capacité pour les grands exploitants de centres de données», explique Marc L’Écuyer. Ce dernier souligne que 80% de ce montant est garanti. «La société devra débourser pour la capacité de traitement des centres de données, même si la demande n'est pas là. C'est un risque qui pourrait se matérialiser si la croissance exceptionnelle qu'on a constatée dans les deux dernières années venait à ralentir», estime-t-il.
GESTIONNAIRES EN ACTION. On a beau aimer Warren Buffett, reste qu'à 96 ans, son départ pourrait générer un vent de fraîcheur chez Berkshire Hathaway, estime Vincent Fournier, gestionnaire de portefeuille à Claret. Le 18 septembre dernier, Berkshire Hathaway publiait un communiqué dans lequel elle confirmait que le légendaire investisseur, qui a célébré son 96e anniversaire le 30 août, quittait son poste de président du conseil d’administration «avec effet immédiat» pour devenir « président émérite ». Il sera remplacé par son fils, Howard G. Buffett, conformément au plan de succession établi de longue date. Vincent Fournier, gestionnaire de portefeuille à Claret, rappelle que le retrait de Warren Buffett s’est fait très progressivement. «La transition a tellement été bien planifiée que l’équipe de direction devrait garder une stratégie similaire à ce qui prévalait lorsqu’il était PDG», estime-t-il. «Il va peut-être y avoir de légères déviations artistiques avec la nouvelle équipe en place, mais la méthode, l'éthique et surtout la culture d'entreprise resteront inchangées», dit-il. Selon lui, les investisseurs ne devraient pas vendre les actions de Berkshire Hathaway (BRK.B, 505,18$US) parce que le milliardaire se retrouve dans un rôle beaucoup moins important au sein de l’entreprise qu’il a contribué à bâtir. «Berkshire Hathaway aujourd'hui, c'est l'équivalent d'un gros portefeuille diversifié. Ça ressemble un petit peu à un fonds commun combiné à une compagnie d'assurance. Ce qui fait la force de Berkshire, c'est le fait que c'est une compagnie d'assurance qui a possède des actions et des liquidités pour payer les assurés en cas de sinistres, alors que d’autres préfèrent détenir des titres obligataires», raconte-t-il.