
VISION #55 — JONATHAN LLENSE | « J'aime triturer, façonner les éléments pour mieux arranger le réel »
Vision(s)Show Notes
Un bob bien ancré sur la tête, un short et une paire de Converse colorée. Il faisait chaud ce jour-là. Quand je vois Jonathan LLense monter sa rue du 20ème arrondissement avec un grand sourire — quoiqu’un peu essoufflé — je comprends rapidement l’ironie et l'impression de fugacité qui émanent de ses photographies. J’ai découvert son travail il y a quelques années pendant PhotoSaintGermain, où il présentait Uncertain Life & Sure Death à la Galerie du Crous. Sorti d’ailleurs également en livre aux Éditions FP&CF, il présentait son ressenti à l’égard d’un pays qu’il ne connaissait pas du tout : l’Inde. J’ai ici volontairement omis d’utiliser le mot « série » ou « projet », qu’il abhorre absolument. Parlons plutôt d’un « regroupement d’images » ou de « moments ».
Jonathan LLense joue avec le quotidien et l’ordinaire et impose toujours un pas de côté. Lors de ses différents voyages, par exemple en Inde ou à Tahiti (résultat d’un livre sorti en 2023 dans la collection de Louis Vuitton Fashion Eye), l’artiste joue avec les représentations et les clichés et les détournent à sa façon. Ses photographies ne sont jamais littérales, elles titillent le spectateur et appellent au questionnement. Conscient des codes de l’art contemporain et de la photographie dite « amateure », il utilise la plupart du temps un flash direct et écrasant. Comme le dit Patrick Remy, directeur artistique de son nouveau livre, « ses images dressent le catalogue de ses obsessions (…) il aime triturer, façonner les éléments, pour mieux arranger le réel à l’envi ».
Ce podcast, accompagné par l’habillage sonore du dernier projet de Pierre Rousseau, Mémoire de Forme, est, comme son travail, intriguant et sans concession.
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🎙 Crédits
Un podcast réalisé et produit par Aliocha Boi/ Noyau.studio, monté et mixé par Virgile Loiseau et mis en musique par Pierre Rousseau.
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Pour ce dernier épisode de la saison — et le tout dernier épisode de Vision —, j’ai le plaisir de recevoir un photographe dont le travail éveille ma curiosité depuis longtemps : Olivier Kervern. Nous enregistrons dans son appartement du 20ᵉ arrondissement de Paris, juste avant son déménagement. Les meubles ont disparu. L’écho est présent, on fait avec. Sur la table, un Yashica moyen format. Autour, des boîtes entassées de pellicules Kodak noir et blanc.
Il y a des images qu’on croit comprendre immédiatement. Elles semblent simples, presque évidentes. Et puis, lorsqu’on s’y attarde vraiment, elles se mettent à changer. Elles glissent, elles se déplient. Elles révèlent une profondeur discrète, une ambiguïté douce, une complexité qui ne cherchait pas à se montrer.
Au moment d’enregistrer cet épisode, rien ne s’est passé comme prévu : j’avais perdu tout mon matériel. Absolument tout. David Luraschi, mon invité, et moi nous sommes donc retrouvés un peu paniqués à chercher une solution pendant plus d’une heure, peut-être une heure et demie. Cette recherche improvisée s’est finalement transformée en un moment de partage, d’humour et de découverte mutuelle. David s’est montré d’une patience rare, d’une grande bienveillance et d’un humour désarmant face à la situation.
On ne présente plus Cédric Jimenez. Voilà plus de 10 ans que le réalisateur, né à Marseille, propose un cinéma âpre, nerveux et efficace. La French, Bac Nord et Novembre, tous inspirés de faits réels, ont plongé les spectateurs dans les méandres d’un trafic de drogue, le quotidien controversé de flics de la bac, et l’enquête qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.
Lucile Hadžihalilović. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant, voilà plus de trente ans qu’elle explore les multiples facettes du cinéma français. Collaboratrice de longue date de Gaspar Noé, elle a contribué à plusieurs de ses films — au scénario d’Enter the Void, à la production de Lux Æterna, ou encore au montage de Seul contre tous. Mais c’est surtout derrière la caméra qu’elle impose sa singularité : un cinéma visuel et envoûtant, où l’onirisme se mêle à l’étrange. Des œuvres comme Innocence, Évolution ou Earwig en témoignent.