
8 - LES LIMITES DU CALCUL RATIONNEL : THÉORIE DES JEUX ET MODÉLISATIONS STRATÉGIQUES
12 enquêtes sur les failles de nos arsenaux : comprendre le risque pour sécuriser notre avenir.Show Notes
Dans les années 1950 à la RAND Corporation, le théoricien Herman Kahn calculait froidement sur ses tableaux noirs le seuil de pertes démographiques « acceptables » pour les États-Unis dans une guerre thermonucléaire, estimant qu'avec 40 millions de morts, « le pays se rétablirait en une génération ». Huitième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode s'attaque à l'armature intellectuelle de la dissuasion : les modélisations formelles de la théorie des jeux, les postulats du réalisme stratégique et l'illusion du décideur rationnel. Partie 1 : La déconstruction réaliste et les paradoxes structurels de la dissuasion 1.1 L'illusion de la dissuasion conventionnelle et le « non-emploi » contraint Thèse : l'arme nucléaire ne protège pas contre les conflits conventionnels, asymétriques ou régionaux, sa démesure la rendant inapplicable et dépourvue de crédibilité pour prévenir les affrontements territoriaux limités.
Ex : l'offensive de la coalition arabe contre Israël durant la guerre du Kippour en 1973 malgré l'arsenal de Dimona, l'invasion argentine des îles Malouines britanniques en 1982, ou les guerres d'Indochine et d'Algérie menées par des puissances dotées ou en voie de l'être.
Source : John Mearsheimer (Conventional Deterrence, 1983) ; Ward Wilson (Five Myths About Nuclear Weapons, 2013) ; Patrick Morgan (Deterrence: A Conceptual Analysis, 1977).
1.2 Le paradoxe stabilité-instabilité et la prolifération sous le seuil Thèse : la sanctuarisation nucléaire au niveau stratégique n'assure pas la stabilité géopolitique : elle incite aux agressions sous le seuil de riposte et déplace la conflictualité vers des zones grises où l'arme atomique se trouve militairement paralysée.
Ex : la guerre de Kargil en 1999 entre l'Inde et le Pakistan après leurs essais nucléaires respectifs de 1998, ainsi que le recours contemporain aux opérations de guerre hybride (cyberattaques, désinformation, saturation par drones).
Source : Glenn Snyder (The Balance of Power and the Balance of Terror, 1965) ; Robert Jervis (The Illogic of American Nuclear Strategy, 1984).
Partie 2 : Les modélisations formelles de la théorie des jeux et leurs apories mathématiques 2.1 Le jeu de la poule mouillée (Chicken Game) et la rationalité de la folie Thèse : la doctrine de la dissuasion repose sur le paradoxe d'un chantage suicidaire où la stratégie optimale commande de simuler l'irrationalité, contredisant le principe même de prévoyance étatique.
Ex : l'allégorie des deux véhicules fonçant l'un vers l'autre où le conducteur jette son volant par la portière pour contraindre l'adversaire à dévier, ou la théorie du fou (Madman Theory) mise en œuvre par Richard Nixon durant la guerre du Vietnam.
Source : Thomas Schelling (The Strategy of Conflict, 1960) ; Herman Kahn (On Thermonuclear War, 1960) ; Anatol Rapoport (Fights, Games, and Debates, 1960).
2.2 Le dilemme du prisonnier, la main tremblante et les jeux à information incomplète Thèse : face au bruit et à l'incertitude informationnelle, les équilibres théoriques s'effondrent et les modèles prouvent mathématiquement qu'une infime probabilité d'erreur humaine ou technique conduit à l'escalade involontaire.
Ex : le dilemme de sécurité formulé par John Herz, ainsi que l'application de la « main tremblante » et des jeux à information incomplète aux transmissions d'ordres dans les postes de commandement stratégique.
Source : Reinhard Selten (concept de l'équilibre parfait en sous-jeux et de la « main tremblante », 1975) ; John Harsanyi (jeux à information incomplète, 1967-1968) ; John Herz.
Question d’ouverture Quelles sont les implications philosophiques et anthropologiques de cette dépendance de l'humanité envers une technologie d'anéantissement total ?
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Le 6 août 1945, devant les ruines fumantes d'Hiroshima, Albert Camus écrit dans le journal Combat : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ». Neuvième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode quitte les modélisations stratégiques pour interroger notre condition : que révèle la possession d'une arme d'anéantissement global sur notre rapport à la technique, la souveraineté républicaine et la responsabilité envers le vivant ? Partie 1 : Biopolitique, souveraineté et violence d'État à l'ère atomique 1.1 La souveraineté inversée : du droit de faire vivre au pouvoir d'annihiler Thèse : l'arme atomique inverse la fonction tutélaire de l'État qui, au lieu d'assurer la protection civile de ses nationaux, prend sa propre population en otage d'une destruction totale réciproque.
On enferme systématiquement les citoyens dans un faux dilemme : choisir entre l'apocalypse thermonucléaire et la capitulation servile face à l'agresseur. Il existe pourtant une troisième voie théorisée, concrète et opérationnelle : la Défense Civile Non-Violente (DCNV). Partie 1 : Fondements philosophiques, théorie du pouvoir et ingouvernabilité 1.1 Rupture éthique et préservation du vivant Thèse : une défense authentique sanctuarise le tissu social, les libertés démocratiques et le vivant plutôt que des lignes frontalières abstraites, car une arme qui anéantit la population qu'elle prétend protéger constitue un contresens stratégique absolu.
Alors que la France s'apprête à dépenser 53,7 milliards d'euros pour renouveler ses sous-marins et ses missiles d'ici 2030, ses principaux partenaires européens au sein de l'OTAN (Allemagne, Belgique, Norvège) participent déjà aux conférences du TIAN en qualité d'observateurs. Onzième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode traduit les exigences normatives et éthiques du désarmement en propositions géopolitiques concrètes pour l'Europe et la France : sortir du piège du « paratonnerre inversé » et engager une transition ordonnée vers la sécurité collective et la reconversion industrielle. Partie 1 : Architecture de sécurité collective et désescalade régionale 1.1 La sécurité commune et la défense non-offensive (NOD) Thèse : la sécurité d'un État ne peut se construire aux dépens de l'insécurité existentielle de ses voisins ; adopter une posture strictement défensive permet de désamorcer le dilemme de sécurité et de stabiliser durablement le continent.
Le 8 juillet 1996, la Cour internationale de Justice rend un avis historique : l'emploi de l'arme nucléaire est « généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés ». Dixième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode examine comment l'incompatibilité physique du feu nucléaire avec le droit humanitaire, l'apport de l'éthique du care et la stigmatisation normative fondent la rupture juridique et financière incarnée par le TIAN. Partie 1 : Le Droit International Humanitaire (DIH) et l'impossible conformité 1.1 Les principes cardinaux du DIH face à la physique nucléaire Thèse : Les effets thermiques, mécaniques et radiologiques d'une détonation atomique rendent tout emploi intrinsèquement illégal au regard des lois de la guerre et des conventions internationales.
En novembre 1945, devant une commission sénatoriale, le général Leslie Groves affirmait qu'une mort par irradiation radioactive était « une façon très agréable de mourir ». Quelques décennies plus tard, le 12 juin 1982, un million de personnes se réunissaient à Central Park pour exiger l'arrêt de la course aux armements. Septième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode examine comment le discours officiel et le jargon technostratégique ont aseptisé la perception des risques, et selon quelles dynamiques l'engagement civique et scientifique a réussi à rouvrir le débat public. Partie 1 : Propagande d'État, contrôle médiatique et novlangue stratégique 1.1 L'anesthésie culturelle et le modèle de propagande Thèse : les campagnes de communication officielles ont banalisé le danger atomique pour conjurer la panique et pérenniser l'acceptabilité politique de la dissuasion, sécurisant ainsi le monopole décisionnel de l'État.