12 enquêtes sur les failles de nos arsenaux : comprendre le risque pour sécuriser notre avenir.

7 - L'ESPACE PUBLIC ET LE DÉBAT STRATÉGIQUE : DU DISCOURS OFFICIEL À L'ENGAGEMENT CIVIQUE

12 enquêtes sur les failles de nos arsenaux : comprendre le risque pour sécuriser notre avenir.

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En novembre 1945, devant une commission sénatoriale, le général Leslie Groves affirmait qu'une mort par irradiation radioactive était « une façon très agréable de mourir ». Quelques décennies plus tard, le 12 juin 1982, un million de personnes se réunissaient à Central Park pour exiger l'arrêt de la course aux armements. Septième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode examine comment le discours officiel et le jargon technostratégique ont aseptisé la perception des risques, et selon quelles dynamiques l'engagement civique et scientifique a réussi à rouvrir le débat public. Partie 1 : Propagande d'État, contrôle médiatique et novlangue stratégique 1.1 L'anesthésie culturelle et le modèle de propagande Thèse : les campagnes de communication officielles ont banalisé le danger atomique pour conjurer la panique et pérenniser l'acceptabilité politique de la dissuasion, sécurisant ainsi le monopole décisionnel de l'État.

Ex : le court-métrage Duck and Cover (1951) incitant les écoliers à s'abriter sous leurs tables face au souffle nucléaire, ou l'opération Atoms for Peace de 1953 opérant une dissociation rhétorique entre atome pacifique civil et atome militaire.

Source : Guy Oakes (The Imaginary War, 1994) ; Bertrand Goldschmidt (Le Complexe atomique, 1980) ; Edward S. Herman et Noam Chomsky (Manufacturing Consent, 1988).

1.2 Le « Nuclearspeak » et les experts captifs Thèse : le jargon technique et l'expertise fermée neutralisent la gravité intrinsèque des armes de destruction massive en substituant des abstractions sémantiques aux réalités physiques et biologiques.

Ex : l'usage systématique d'euphémismes institutionnels comme « dommages collatéraux », « frappes chirurgicales » ou « parapluie nucléaire », et les modélisations de pertes humaines acceptables (megadeaths) théorisées à la RAND Corporation.

Source : Paul Chilton (Language and the Nuclear Arms Debate: Nukespeak Today, 1985) ; Sharon Ghamari-Tabrizi (The Worlds of Herman Kahn, 2005).

Partie 2 : Histoire des mobilisations citoyennes et dissidence transnationale 2.1 Des marches d'Aldermaston à l'Appel de Stockholm Thèse : les mobilisations publiques et la contestation transnationale ont exercé une pression politique tangible sur les gouvernements, contraignant les puissances à négocier et à restreindre les essais.

Ex : l'Appel de Stockholm (1950) recueillant des millions de signatures à travers le monde (conduisant en France à la révocation d'Édouard Joliot-Curie du CEA), ainsi que la fondation de la CND par Bertrand Russell en 1958 avec les marches d'Aldermaston et la création du symbole de la paix par Gerald Holtom.

Source : Lawrence S. Wittner (One World or None, 1993) ; Richard Taylor (Against the Bomb, 1988).

2.2 L'action collective ciblée et la dynamique d'ICAN Thèse : le renouvellement des modes d'action civique a déplacé le débat stratégique du champ exclusif de la sécurité nationale vers celui des impératifs du droit international humanitaire.

Ex : le camp de femmes de Greenham Common (1981-2000) réunissant 30 000 manifestantes en 1982 pour influer sur la signature du Traité INF de 1987, ainsi que la coalition ICAN couronnée par le Prix Nobel de la Paix en 2017 lors de l'adoption du TIAN.

Source : Sasha Roseneil (Disarming Patriarchy, 1995) ; Ronald Inglehart (The Silent Revolution, 1977).

Question d’ouverture Mais que disent les modèles mathématiques de la théorie des jeux sur la rationalité intrinsèque de cette doctrine de sécurité ?

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