12 enquêtes sur les failles de nos arsenaux : comprendre le risque pour sécuriser notre avenir.

6 - LA GOUVERNANCE RÉPUBLICAINE : MONARCHIE DÉCISIONNELLE ET DÉBAT STRATÉGIQUE

12 enquêtes sur les failles de nos arsenaux : comprendre le risque pour sécuriser notre avenir.

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Le 6 août 1945, le président Harry Truman informe le public de l'existence du Projet Manhattan, dissimulé au Congrès américain au nom du secret de guerre malgré un investissement de plus de deux milliards de dollars. Sixième volet de la série « Sécurité critique : Penser la défense au-delà du dogme nucléaire », cet épisode examine la compatibilité de l'atome avec la démocratie républicaine : comment la vitesse d'engagement et la puissance de feu ont-elles favorisé l'émergence d'une monarchie décisionnelle solitaire au détriment du contrôle parlementaire et de la délibération contradictoire ? Partie 1 : La genèse clandestine et l'avènement de la monarchie thermonucléaire 1.1 Le « Bomb Power » et l'origine clandestine des programmes Thèse : l'avènement des armes nucléaires a favorisé la structuration d'appareils de sécurité autonomes échappant au contrôle démocratique ordinaire et au débat parlementaire.

Ex : la création du Conseil de sécurité nationale (NSC) et de la CIA aux États-Unis en 1947, ou les décisions fondatrices du programme militaire français prises sous la IVe République au sein de comités restreints secrets (Pierre Mendès France en 1954, Guy Mollet en 1956) sans vote d'orientation législatif.

Source : Garry Wills (Bomb Power: The Modern Presidency and the National Security State, 2010) ; Benoît Pelopidas (Repenser les choix nucléaires, 2022).

1.2 La « monarchie thermonucléaire » et la décision solitaire Thèse : les délais de tir ultra-courts ont réduit l'arbitrage stratégique suprême à la décision solitaire d'un seul homme, neutralisant les contre-pouvoirs républicains traditionnels régissant l'entrée en guerre.

Ex : l'autorité solitaire (sole authority) conférée par le décret de 1964 sur les forces aériennes stratégiques, le recours à l'Article 16 de la Constitution, le poste de commandement Jupiter sous l'Élysée et la sur-classification d'archives de défense entravant le travail des historiens.

Source : Elaine Scarry (Thermonuclear Monarchy, 2014) ; Peter Galison (Removing Knowledge, 2004).

Partie 2 : De la concertation encadrée à la contre-expertise technique 2.1 « Gouverner par la critique » et l'illusion participative Thèse : les dispositifs participatifs d'État ont souvent cantonné le public à la gestion de détails techniques sans ouvrir le débat sur les choix doctrinaux, excluant les sites militaires de la transparence.

Ex : les Commissions locales d'information (CLI) et les débats de la CNDP (Bure, EPR) dont sont exclus les sites de la défense nationale (Valduc, Île Longue, DSND), malgré la loi de transparence et sécurité nucléaire (TSN) de 2006.

Source : Sezin Topçu (La France nucléaire, 2013) ; Michel Callon et al. (Agir dans un monde incertain, 2001).

2.2 Espace public sous tutelle et contre-expertise scientifique autonome Thèse : la production de savoirs critiques et indépendants constitue une garantie indispensable pour rompre le monopole de l'information officielle face aux risques industriels et militaires.

Ex : les auditions publiques (Public Hearings) autour du laboratoire de Livermore, ainsi que la fondation en France du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN) en 1975 et de la CRIIRAD en 1986 suite à la catastrophe de Tchernobyl.

Source : Hugh Gusterson (Nuclear Rites, 1996) ; Nick Ritchie (A Nuclear Weapons-Free World?, 2012) ; Monique et Raymond Sené (GSIEN).

Question d’ouverture Comment le discours public et le langage d'état-major ont-ils façonné le consentement de la société autour de ce modèle ?

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